Mazarinade sous forme de placard illusté

 

Les mazarinades

 


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blank Présentation générale des mazarinades

    On regroupe sous le terme de mazarinades les quelque 5 000 libelles et pamphlets imprimés et diffusés en France pendant la période troublée de la Fronde (1648-1653).

    Le terme apparaît dès 1651 dans un poème satirique de Paul Scarron, intitulé Mazarinade. Stricto sensu, une mazarinade désigne un pamphlet contre Mazarin. Mais, derrière ce terme générique, se cache en fait une grande diversité.

    Diversité des intentions : une petite partie des mazarinades, environ 10 %, défend la politique du cardinal. Diversité des destinataires : elles ne s'adressent pas uniquement à Mazarin, mais visent aussi d'autres protagonistes de la Fronde. Diversité des genres : elles peuvent être des discours, des lettres (authentiques, fausses ou détournées), des poèmes, des dialogues, des récits, des pièces officielles, des chansons, des traités politiques… Diversité des formes : on trouve des placards affichés sur les murs, des billets distribués dans la rue, des pamphlets de quelques pages ou plus, des copies manuscrites… Diversité, enfin, dans leur rapport aux événements : elles les sanctionnent, les racontent ou les commentent.

    Si beaucoup sont anonymes, ou écrites sous le couvert d'un pseudonyme, certaines mazarinades sont signées par de grands écrivains de l'époque, tels que Cyrano de Bergerac, Retz, La Rochefoucauld…

    Leur production suit l'intensité du moment. Mais, loin d'être des productions spontanées, les mazarinades sont le plus souvent imprimées par des professionnels. Et, dans une conjoncture économique qui leur est défavorable, ces publications peu exigeantes en qualité, peu coûteuses, vite imprimées et vite écoulées ont un réel intérêt pour les imprimeurs-libraires. Neuf mazarinades sur dix ont été imprimées à Paris. Les autres lieux actifs de production sont Bordeaux , Aix-en-Provence et Rouen. Il y a eu aussi quelques éditions étrangères, en Hollande notamment.

    Les colporteurs ont joué un rôle très important dans leur diffusion. Ils ont fait le lien entre l'imprimeur et le public. Les mazarinades ont, par leur intermédiaire, circulé dans tout le royaume de France.

    Ce sont des productions éphémères. Les historiens pensent néanmoins qu'une grande part de la production a été conservée, feuilles volantes et placards mis à part. Cela s'explique sans doute par l'intérêt qu'elles ont suscité. Dès le XVIIe siècle, en effet, elles ont été rassemblées dans des recueils factices.

    De très nombreuses bibliothèques, en France et à l'étranger, possèdent aujourd'hui des mazarinades dans leurs fonds. La Bibliothèque Mazarine en détient la plus importante collection, environ 12 000 à 12 500 pièces en comptant les doubles.



blank Le fonds de mazarinades de la bibliothèque Mazarine

    L'origine de la collection de mazarinades de la bibliothèque Mazarine remonte à la bibliothèque du cardinal Mazarin. S'il était indifférent à ces pamphlets au début de la Fronde, Mazarin s'en tenait néanmoins informé. Il s'en est fait envoyer dès 1649. Et Gabriel Naudé, son bibliothécaire, écrit dans le Mascurat que lui-même « a esté fort soigneux de les recueillir ». On le sait aussi par sa correspondance et par ses comptes autographes (conservés à la BnF aujourd'hui), dans lesquels on relève de nombreux achats de pamphlets pendant la Fronde. Mais, on ne connaît pas exactement l'importance de cette première collection.

    Au XVIIIe siècle, des legs et des acquisitions sont venus l'accroître de manière importante. Il y a quelques ouvrages isolés, tels qu'un recueil de quarante-cinq pièces portant l'ex-libris manuscrit du marquis de Villedieu (cote 4° 17651), deux volumes portant l'estampille du Séminaire de Saint-Sulpice (cotes 4° 17608-35 et 4° 17642 bis), cinq recueils revêtus des armoiries de Louis d'Aquin (1667-1710), évêque de Sées, ainsi que de l'ex-libris de Dominique-Barnabé Turgot de Saint-Clair (1667-1727), son successeur (cotes 4° 17605, 4° 17607, 4° 17647, 4° 17648, 4° 17650).

    On distingue, par ailleurs, quatre fonds majeurs. Le premier est celui des Barnabites de Saint-Eloi, dont il reste vingt-deux recueils sur trente-quatre (cotes 4° 17608-1 à 4° 17608-34), les autres ayant été dépecés par Armand d'Artois lors de la constitution de la collection en plaquettes. Le second fonds est constitué de trente recueils portant l'ex-libris gravé de Jacques Chevalier (cotes 4° 17609 à 4° 17638), fortement dépecés par Armand d'Artois. Le troisième se compose de dix-huit volumes aux armes de Joseph Bonnier de La Mosson (1702-1744), entrés à la Mazarine lors de la vente aux enchères qui suivit la mort de Bonnier (cotes 4° 17646 A à 4° 17646 P). Ce fonds a été moins amputé par Armand d'Artois. Le quatrième, enfin, est un ensemble de huit recueils anonymes (cotes 4° 17639, 4° 17640, 4° 17641, 4° 17642, 4° 17643, 4° 17644, 4° 17645 et 4° 17646), ayant subi quelques soustractions.

    Armand d'Artois, conservateur à la bibliothèque Mazarine de 1884 à 1912, a consacré une grande partie de sa carrière aux mazarinades. Il a fait un double travail, d'inventaire et de catalogage d'une part, d'acquisition d'autre part.

    Il a travaillé à partir de la Bibliographie des mazarinades (1850-1851) de Célestin Moreau, ainsi que de ses suppléments (1862 et 1869) et de celui d'Emile Socard (1876). Il a fait interfolier un exemplaire de la bibliographie de Moreau, afin de noter les corrections et les ajouts des suppléments ainsi que ses propres rectifications et compléments. Il a reporté aussi, pour chaque mazarinade, la ou les cotes de la Mazarine. Dans le même temps, il a dépecé des recueils factices pour relier, un à un, un exemplaire de chaque mazarinade en demi-chagrin et constituer une collection à part, avec sa cotation propre (M...). Il n'a pas, semble-t-il, adopté d'ordre particulier. Malgré les mutilations provoquées, la consultation en est facilitée.

    Parallèlement, Armand d'Artois compléta la collection de mazarinades. Il acheta, chez les libraires, toutes les mazarinades que la Mazarine ne possédait pas. Il s'efforça aussi de faire des échanges avec de grandes bibliothèques. La Mazarine récupéra ainsi six pièces de la bibliothèque Sainte-Geneviève à la fin du XIXe siècle. En outre, un arrêté ministériel du 31 mars 1900 enjoignit les bibliothèques parisiennes, la bibliothèque nationale mise à part, de remettre à la Mazarine ceux de leurs doubles que la bibliothèque Mazarine ne possédait pas. Pour faciliter l'application de cet arrêté, Auguste Boucher publia, en 1901, la Liste des desiderata. Mais, cet arrêté eut peu d'effet. Seule la bibliothèque de la Sorbonne donna quelques dizaines de mazarinades à la Mazarine. Et il semble qu'après Armand d'Artois, aucune mazarinade ne soit entrée dans la collection.

    Dans les années 1950, il y a eu un nouveau travail de catalogage. Les notes d'Armand d'Artois ont été reprises et recopiées, "au propre", dans un exemplaire photocopié, in-plano et interfolié de la bibliographie de Moreau. Ce recatalogage s'est fait livre en mains. Cela a permis d'ôter des erreurs ou inexactitudes de Moreau et d'Artois ainsi que d'ajouter des compléments. Mais cela a aussi perpétué ou ajouté quelques erreurs. C'est ce catalogue qui est utilisé aujourd'hui.

    Si la collection de mazarinades de la bibliothèque Mazarine est la plus importante au monde (12000 à 12500 pièces), elle n'est cependant pas, encore aujourd'hui, tout à fait complète. Il lui manque principalement des mazarinades imprimées en province, notamment à Bordeaux.

Ségoléne Chambon, 2004


blank Recherches sur le fonds

    Actuellement seul l'exemplaire interfolié de la bibliographie de Moreau permet une recherche sur l'ensemble des mazarinades possédées par la Bibliothèque Mazarine. Progressivement, les mazarinades sont recataloguées dans le catalogue informatisé. Pour effectuer une recherche dans celui-ci, cliquez à l'ouverture sur l'onglet "Base et fonds particuliers" et sélectionnez les mazarinades (accès au catalogue informatisé).


blank Bibliographie sommaire

  • Beaurain, Narcisse. - Mazarinades normandes : [collection de mazarinades concernant la Normandie]. - [Rouen : Société rouennaise des bibliophiles, 1880]
    Cote 8° 40134 [Res]
  • Carrier, Hubert. - Les mazarinades. 1, La conquête de l'opinion. - Genève : Droz, 1989.
    Cote 8° S 418-19
  • Carrier, Hubert. - Les mazarinades. 2, Les hommes du livre. - Genève : Droz, 1991.
    Cote 8° S 418-20
  • Carrier, Hubert. - Les muses guerrières : les mazarinades et la vie littéraire au milieu du XVIIe siècle. - Paris : Klincksieck, 1996.
    Cote 8° S 599 A-26
  • Cyrano de Bergerac, Savinien de. - Mazarinades. - Paris : Ed. InterUniversitaires, 1989. - (Collection Libelles).
    Cote 16° 1364
  • Darricaud, Raymond. - Les collections bordelaises de mazarinades. - Bordeaux : Taffard, 1967. - Extrait des : "Actes du Congrès du centenaire de la Société des bibliophiles de Guyenne".
    Cote 4° 20534-21
  • Degenne, Jean. - Mazarinades : catalogue de la Bibliothèque municipale de Lille. - Lille : Bibliothèque municipales, 1995.
    Cote 8° 93797
  • Duranville, Léon de . - Quelques pages sur les mazarinades imprimées à Rouen en 1649. - Rouen : Métérie, 1876.
    Cote M 15296
  • Grand-Mesnil, Marie-Noëlle. - Mazarin, la Fronde et la presse 1647-1649. - Paris : A. Colin, 1967.
    Cote 8° 82587
  • Jouhaud, Christian. - Mazarinades : la Fronde des mots. - Paris : Aubier, 1985.
    Cote 8° 88823
  • Kremer, Christelle. - D'un cardinal à l'autre : la figure de Richelieu dans les mazarinades. - Paris [s.n.], 2005. - Mémoire de maîtrise de l'université de Paris 4.
    Cote 4° 28312
  • Labadie, Ernest. - Nouveau supplément à la bibliographie des mazarinades [de C. Moreau]. - Paris : H. Leclerc, 1904.
    Cote 8° 63304
  • Lambert, Alphonse. - Catalogue de la bibliothèque de la ville d'Evreux. II. - Evreux : C. Herissey, 1906. - Catalogue des mazarinades, p. 383-484.
    Cote 8° 65879-2
  • Lindsay, Robert O. et Neu, John. - Mazarinades : a checklist of copies in major collections in the United States. - Metuchen [NJ] : the Scarecrow press, 1972.
    Cote 8° 86008
  • Moreau, Célestin : Bibliographie des mazarinades. - Paris : J. Renouard, 1850-1851. - 3 vol.
    Cote 8° 35835, 8° 35836 et 8° 35837
  • Moreau, Célestin. - Choix de mazarinades. - Paris : J. Renouard, 1855. - (Société de l'histoire de France).
    Cote 8° 40523-24/1 et 8° 40523-24/2
  • Sauzet, Robert. - Nouveaux éclairages sur la Fronde et sa presse. - Bordeaux : Société des bibliophiles de Guyenne, 1993.
    Cote 4° 24441-20
  • Tamizey de Larroque, Philippe. - Mazarinades inconnues [de la bibliothèque du Grand Séminaire de Bordeaux]. - Paris : H. Champion ; Bordeaux : Ch. Lefebvre, 1879.
    Cote M 15345
  • Van Koolwijk, TH. F. - Catalogus van de mazarinades, 1649-1653, uit de collectie Stuyt aanwezig in de Universiteitsbibliotheek te Nijmegen. - Nijmegen : Universiteitsbibliotheek, 1968.
    Cote 8° 85756-2
  • http://www.mazarinades.net/blog/ blog de Tadako Ichimaru-Rebollar de l'Université de Tokyo sur la collection de l'Université, les recherches de son équipe, et celles d'autres chercheurs au Japon ou ailleurs.


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