Les informations disponibles sur Madeleine Berthault (10 juin 1881- ?), qui se prénommait en réalité Anne Madeleine, sont finalement bien rares. On ne dispose principalement, en effet, que de trois éléments qui nous permettent d’en savoir un peu plus sur elle : les lettres qu’elle a envoyées à Marcel de Porto-Riche (Bibliothèque nationale de France, département des manuscrits), son journal (Bibliothèque Marguerite Durand, Paris) et diverses indications que l’on retrouve dans les ouvrages donnés à la bibliothèque Mazarine.
Ses origines et son entourage familial, sont par contre mieux documentés. Du côté de son père, elle descend d’une famille de riches armateurs protestants de La Rochelle ruinés par la révolte de Saint Domingue et le blocus sous l’Empire. Son père, Eugène, homme de lettres, est « monté à Paris » pour subvenir à ses besoins. Reçu à l’École normale supérieure, section lettres, en 1864, il est agrégé de lettres en 1872. Divorcé, il se remarie en 1880 avec Thérèse Morpurgo, la mère de deux de ses élèves. Celle-ci, veuve du musicien italien Camburini, dont Eugène Berthault était proche, descend d’une famille juive convertie au catholicisme. Son père, Victor Morpurgo, tenait un salon où il recevait notamment Lamartine, Girardin et Ampère. C’est dans cet environnement que naquit en 1881 Madeleine Berthault. Elle a donc des ancêtres d’origines géographiques et religieuses variées même si elle se considère plutôt comme une protestante non pratiquante. Issue d’un remariage, sa famille « recomposée » est finalement assez vaste puisqu’elle a cinq frères et sœurs plus âgés qu’elle : Victor, Nina et Chino (Joachim) Camburini ainsi que Jeanne et Suzanne Berthault. Elle partage alors sa vie entre Paris (où les Berthault résident 28 rue de la Tremoille) et la campagne à Dampmart (Seine-et-Marne), où son père a acheté une propriété estivale. L’on ne sait malheureusement pas grand-chose du reste de sa vie, si ce n’est la mort de son père alors qu’elle n’a que 13 ans, ainsi que sa probable conversion au catholicisme, comme le laisse supposer son journal qui s’interrompt brutalement au milieu d’une phrase.
La mort à l’âge de 25 ans de son très proche ami Marcel de Porto-Riche interrompt dès 1905 une correspondance intense et régulière. Le don de sa bibliothèque intervient peu après, en 1907, alors qu’elle n’a que 26 ans. Ces circonstances et sa « disparition documentaire » par la suite amènent à poser l’hypothèse qu’elle ait pu quitter le siècle et se défaire de tout bien matériel pour entrer en religion…
Une bibliothèque personnelle.
Le lien qui unissait Madeleine Berthault à Marcel de Porto-Riche, fils de Georges de Porto-Riche, nouvel administrateur de la bibliothèque Mazarine cette même année 1907 et futur académicien explique de façon évidente la destination du don de sa bibliothèque.
Les ouvrages inventoriés dés leur arrivée n’étaient référencés que sur les traditionnelles fiches de la bibliothèque. Les signes identifiant le fonds sur les ouvrages eux-mêmes étaient d’une part les différents ex-libris de Madeleine Berthault, d’autre part, le cachet « Ex dono Anne Madeleine Berthault » apposé par la bibliothèque. L’ensemble est désormais repérable à distance grâce au catalogue informatisé où sa provenance est spécifiée.1
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Cette collection de quelque 520 titres couvre de très nombreux domaines (de la stratégie militaire à la chimie) mais il semble que la religion et la littérature française, les plus représentés, soient au cœur de ses intérêts – cela ressort également des échanges épistolaires avec Marcel de Porto-Riche. On y trouve plus particulièrement de nombreuses pièces de théâtre, biographies de femmes célèbres et éditions de correspondances. Par ailleurs, elle s’étend de 1534 à 1906 et comporte quelques recueils de gravures et un atlas.
Certains documents intéressants ont pu se trouver insérés dans les livres : dessins réalisés par Madeleine Berthault, lettres (Lettre de Talma à Pois), coupures de presse, marques d’autres possesseurs (Viollet-le-Duc, Eugène Emmanuel, Schefer).